18/07/2012
Une Honduraise vend son enfant pour cinq francs
Prochaine chronique le 30 juillet
Certaines femmes veulent désespérément des enfants et commettent du coup des actes insensés. D’autres s’en débarrassent en commettant des gestes tout aussi fous. Il faut être un philosophe particulièrement borné pour parler de l’être humain comme d’un «animal doué de raison».
Nous voici cette fois au Honduras. Je crois que c’est la première fois, en 880 chroniques, que nous y allons. Le pays peut sembler exotique pour les touristes. La vie ne s’y révèle pas très rose quand on est indigène. Il s’agit d’un des pays des plus pauvres d’Amérique latine, un continent par ailleurs peu marqué par la prospérité. Selon les sociologues, qui poussent ici aussi comme des champignons, les gens commettent du coup des actions «apparemment inexplicables». A partir d’un certain degré, la misère rend fou.
Le pays est actuellement ému (en mauvais journalisme, je dirais «sous le choc») après avoir appris l’histoire suivante. Karine a 18 ans. Elle s’est retrouvée mère sans trop le vouloir. Elle se rend ainsi sur le marché de Belen, au nord de Tegucigalpa. Toutes sortes de gens sont là afin d’acquérir des produits divers. Elle propose donc aux passants sa fillette. Pourquoi pas un enfant, entre trois légumes du terroir et un bouquet de fleurs?
Le prix semble dérisoire. L’acquéreur lui donne cent lempiras, ce qui équivaut environ à cinq de nos francs. Il ajoute une grappe de raisin pour faire bon poids. Tout se passe très discrètement. C’est en voyant rentrer Karine seule qu’une de ses amies s’inquiète. «Malheureuse, qu’as-tu fait de ton enfant?» dirait-on dans un mélodrame. Karine lui raconte la chose comme s’il s’agissait là d’une tractation normale. L’amie a donc averti la police.
Les agents cherchent depuis l’enfant. Karine a un vague souvenir de leur apparence. Mais il n’y a pas de quoi tirer de ça un portrait-robot. La fillette n’a pour l’instant pas été retrouvée.
La dépêche précise que la vendeuse souffre non seulement de pauvreté, mais de troubles mentaux. Je me permets donc de poser une question fort peu correcte. Faut-il vraiment lui rendre la fillette si par hasard on la retrouve? M’est avis que la petite ne retomberait pas vraiment sur la bonne personne. La maternité n’excuse tout de même pas tout.
A ce propos, il faut tout de même noter une chose, qui me chiffonne. Pourquoi laisse-t-on des enfants à n’importe quels parents naturels, alors qu’on se montre d’une incroyable exigence du moment qu’il s’agit d’une adoption? Dans le fond, mieux vaut être adopté.
20:26 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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