13/08/2012
Une mariée à la mer. Histoire anglaise
«Il y a de bons mariages, mais il n’y en a point de délicieux», disait au Grand Siècle la Rochefoucauld. C’est ce que doit se dire aujourd’hui une Anglaise. Mais il se produit normalement une lente dégradation. Elle a tout de suite été mise dans le bain. Au propre. Je m’explique.
Nous nous trouvons donc en Grande-Bretagne. Le grand jour est arrivé. David épouse Lysa, et vice versa. La cérémonie se passe plutôt bien. On s’ennuie, mais poliment. Les amis sont venus. Ils pouvaient difficilement faire autrement. Il ne restait donc plus qu’à immortaliser cet instant pas comme les autres. Un mariage n’existe pas vraiment tant qu’il n’a pas été photographié. Il faut avoir plus tard quelques images sur lesquelles focaliser les regrets.
L’artiste requis procède donc à la séance. Il y a inévitablement le cliché où le mari porte l’épouse. Je dois vous dire que nous sommes sur un bateau, pour une petite croisière. Lysa n’aurait pas dû accepter. Une pelouse, près d’une église moussue, c’est à la fois plus poétique et plus prudent.
Pris d’une inspiration, Richard a en effet éprouvé l’envie de lancer sa nouvelle compagne dans les airs. Chacun s’attendait à ce qu’il la rattrape, comme une crêpe de la Chandeleur. Ce sont des choses qui se font entre gens bien élevés. Eh bien pas du tout! L’époux a ensuite fait un pas en arrière. Lysa est donc tombée à la mer, mitraillée par les copains photographes amateurs. Et comme nous ne sommes pas aux Caraïbes, l’eau était glacée.
Les participants à la fête sont parvenus à la tirer de l’eau, mais de justesse. La nage en robe de mariée ne fait pas encore partie des disciplines olympiques. L’héroïne du jour avait déjà bu la tasse (salée) à trois reprises. Elle grelottait maintenant sur le pont en mettant ses mains où elle pouvait. Et il fallait en effet pouvoir. Les photographes amateurs avaient repéré que sa tenue blanche était devenue entièrement transparente.
Le couple n’a pas explosé. Du moins pas encore. Lysa a tenu à garder ce que l’on appelle une contenance. Elle a parlé d’un farceur de mari. «Rien ne m’étonne de lui», a-t-elle affirmé au «Daily Mail», qui se devait bien sûr de rapporter cet événement capital pour la nation. Mais elle a quand même ajouté qu’elle se vengerait. Le poignard? L’huile bouillante? Le poison? Lysa n’a pas précisé.
Peut-être s’agira-t-il banalement d’un divorce. «Si l’amour est aveugle, le mariage rend la vue.» Je ne cite cette fois plus La Rochefoucauld, mais le compatriote de Lysa Oscar Wilde.
19:18 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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