16/08/2012
Quand la Justice s'occupe d'une dent perdue dans un steak
Il y a des gens qui ont la dent dure. D’autres pas. De toute manière, nous finissons généralement par perdre leurs quenottes. Nous arborons alors une dentition plus régulière et plus blanche que celle des stars de Hollywood. Et pour cause! Il s’agit d’un postiche. Edentés nous venons au monde. Edentés nous basculons dans l’autre.
Cette philosophie de Café du Commerce introduit l’histoire d’aujourd’hui. Française, pour une fois. Nous sommes du côté d’Angers. Un dîner était donné en août 2011 par un couple de la ville. Il ne s’agissait pas d’un banquet. La viande se limitait à des steaks hachés. En tout cas, elle aurait dû. Seulement voilà! Un cri s’élève tout à coup autour de la table. Un convive a retrouvé une dent. Une dent humaine. Elle se trouvait dans la boulette servie au menu.
Exclamations. Protestations indignées. «C’est un scandale.» La chose ne pouvait pas en rester là. Elle est donc allée plus loin. Le couple d’hôtes a convié la presse locale, non pas à manger mais à écouter ses doléances. Ces braves gens allaient porter plainte. Et comme nous étions dans le creux de l’été, les journaux nationaux ont trouvé de la place pour répercuter le scandale.
L’incident a pris des proportions dantesques. L’hypermarché où la viande avait été achetée de confiance s’est retrouvé sur la sellette. Il a mis en cause l’unité de production lui ayant livré le produit. Carrefour, puisque c’est de lui qu’il s’agit, niait toute erreur. «Impossible de retrouver un tel corps étranger au regard des procédures de contrôle très strictes.» La chaîne niait avec l’énergie du désespoir. Des enquêtes internes parlaient pour elle.
Et bien, la maison française a eu raison! Elle vient de se voir innocentée. Les tests médicaux sont formels. La dent égarée ne pouvait provenir que d’une des dames assises à table. Elle l’avait perdue en déglutissant. La personne en question a fini par le reconnaître. Elle n’avait «pas réalisé tout de suite ce qu’il lui arrivait.»
Est-ce bien vrai? Après avoir mis les vendeurs de viande au ban des accusés, la Justice était prête à y installer les convives. N’y aurait-il pas eu une jolie tentative d’escroquerie? S’il y avait eu arrangement financier, les lésés auraient empoché une belle somme sans aucun motif. Le couple ayant sonné l’alarme a dû à son tour de défendre comme un, ou plutôt deux beaux diables. Victorieusement.
A l’usure, la Justice vient en effet de classer l’affaire. Le fait que ce ne soit pas la pseudo-victime qui se soit plainte a joué en faveur de tout le monde. Le couple a également été abusé. Tout est bien qui finit bien.
Un dernier mot. Aurait-on fait tant d’histoires il y a encore un demi-siècle pour une histoire aussi misérable? On aurait au mieux jeté la dent. Au pire le steak. La vie ne se devait pas encore de rester un long fleuve tranquille.
08:35 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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