10/09/2012
Bingo! Elle trouve un renoir aux Puces pour sept dollars
Comme les maisons d’enchères, les Puces vivent (en partie) de leur légende. Elles fourmillent d’histoires de merveilles (ou plutôt de choses valant cher), trouvées pour trois fois rien. Le rêve fait vivre, même s’il tourne parfois au cauchemar. Il s’agira ensuite, pour le (mal) heureux acquéreur, de faire authentifier l’objet. Or aucune jungle n’est aussi épaisse que celle des experts.
Nous sommes cette fois quelque part en Virginie. Une Américaine se promène lors de ce que les professionnels appellent un «déballage». Son œil va et vient. Et tout à coup, il se laisse accrocher par un lot. Il y a là, proposés ensemble, une poupée de Paul Bunyan (un bûcheron typique du folklore américain), une vache en plastique en peu défraîchie et un tableau. «J’ai surtout été attirée par son cadre rococo. Je pensais pouvoir le réutiliser.»
Au milieu du cadre se trouvait pourtant un tableau. Assez laid, soit dit entre nous. Seulement voilà! Il faisait penser… Il évoquait… Mon Dieu, c’était bien ça! Il avait tout l’air d’un Renoir. La dame, qui ne veut pas communiquer son nom, achète donc le tout. Disons-le franchement. Elle ne s’est pas ruinée. L’ensemble lui est revenu à sept dollars.
L’acquéreuse est allée porter sa trouvaille à une maison de ventes aux enchères. Comme elle vit dans l’Amérique profonde, il ne s’agit pas des sœurs ennemies, Christie’s et Sotheby’s. Les Etats-Unis fourmillent de petites boîtes inconnues, où il émerge parfois des choses. Certaines grandes galeries les font en tout cas surveiller par leurs petites mains.
Potomack Company a donc regardé attentivement la toile des deux côtés. L’arrière «parle» parfois plus que l’avant. Il y avait là l’étiquette d’un grand marchand parisien, Bernheim Jeune, le titre du tableau et le nom de l’auteur. Renoir. Il suffisait de jeter un œil sur ce que l’on appelle un «catalogue raisonné». Il s’agit là de livres où des spécialistes ont tout répertorié, photos à l’appui si possible. François Daulte, le créateur de la Fondation de l’Hermitage à Lausanne, s’est chargé de Renoir, dont il a fait non seulement son miel, mais son beurre.
Exécutée en 1879, l’œuvre s’y trouvait bien. Elle a été ramenée aux Etats-Unis au début du XXe siècle par un collectionneur assez connu, Herbert May. La trace se perdait en 1926, sept ans après la mort de l’artiste. Ce sont là des choses qui arrivent. Il y a ensuite un gigantesque blanc, qui n’est pas prêt de se voir rempli.
L’œuvre se voit aujourd’hui modestement estimée entre 80 000 et 100 000 dollars. Elle peut évidemment faire plus. Elle possède l’attrait de l’inédit, plus une jolie histoire. Les gens très riches sont souvent, mais oui, de grands sentimentaux.
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