11/09/2012

Procès historique à Angers pour les bijoux de la Couronne

Je pense que vous connaissez Angers, du moins de nom. Il s’agit là d’une ville assez quelconque, avec un beau château abritant d’admirables tapisseries du XIVe siècle. «L’Apocalypse d’Angers» se retrouve ainsi dans toutes les histoires de l’art, même abrégées.


 

Si la cité, aujourd’hui très provinciale, fait parler d’elle ces jours, c’est précisément pour son glorieux passé. Les ducs d’Anjou y ont régné de 1154 à 1485. La famille n’a pas très bien fini. Prétendant au trône d’Angleterre, Edouard Plantagenêt a été décapité sur l’ordre d’Henry VII, un Tudor, comme une vulgaire épouse du futur Henry VIII. Le supplicié n’était pas dans le meilleur état. Enfermé dix ans à la Tour de Londres, il était devenu fou. Notez qu’on le comprend.

 

Aujourd’hui, Angers intente sous la direction du «maître de cérémonie» Calixte de Nigremont, un procès en réhabilitation, assorti d’une demande de restitution. Les quelque 5000 signataires d’une «pétition Plantagenêt» demandent réparation du crime d’Etat. «La mort d’Edouard Plantagenêt lui a rendu la vie beaucoup plus difficile par la suite.» On voit que nous sommes dans le registre bouffon. Mais bien des procès sérieux donnent la même impression.

 

L’affaire en arrive ces jours aux plaidoiries. Les pétitionnaires ont trois avocats. La partie adverse deux. Lors des séances, organisées bien sûr lieu au pied du château, les trois premiers robins (mais pas des Bois, même si l’Angleterre est en jeu!) ont d’abord dénoncé le forfait, «qui mettait fin à trois siècles et demi d’un règne estimable.» Puis ils ont réclamé la restitution des joyaux de la Couronne à Elizabeth II. Dommages et intérêts.

 

Les «barristers» ou les «attorneys» à l’anglaise ont répliqué. Ils ont rappelé que les dits bijoux sont plus récents. Le révolutionnaire Cromwell avait tout bazardé vers 1650. Les joyaux les plus anciens remontent donc à la fin du XVIIe siècle. Et je ne vous dis pas tout ce qui date de Victoria! «Du temps d’Edouard, il ne doit rester qu’une épée et trois petites cuillères.» Première intervention. La seconde s’est révélée plus terre à terre. «L’empire des Plantagenêt, c’est aujourd’hui la seule ville d’Angers. Elle ferait mieux de s’occuper de sa troisième ligne de tramway».

 

Pour le moment, on en reste là. Le public, bon prince, est supposé applaudir ou huer. Il faut dire que nous sommes au spectacle. La cause dont je vous cause fait partie des «Accroche-cœurs», un festival organisé par la Ville. Cette dernière a donc fait appel à Calixte de Nigremont, qui constitue l’officiel fou du roi. Le cher homme n’organise-t-il pas chaque année des manifestations pour s’opposer au passage du Nouvel-An?

 

Calixte développe d’autres activités, plus culturelles. Il a ainsi récemment fait lire «Guerre et Paix» de Tolstoï par 183 lecteurs en quarante-cinq heures. Avouez que le coup des Plantagenêt, c’est tout de même moins ennuyeux.

08:38 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.