13/09/2012

Que raconter? Une histoire de pénis ou les mésaventures de Philip Roth?

Si je suivais le «trend», pour employer un mot d’autant plus efficace qu’il est américain, je vous raconterais l’étonnante histoire de Jonah Falcon. Un New-Yorkais doté du «plus grand pénis du monde». Trente-trois centimètres en érection. Autrement rien à dire, mais peut-être beaucoup à subir pour les personnes intéressées.


 

Pourquoi serais-je en plein dans la cible? Parce que les mots liés au sexe augmentent infailliblement le nombre de clics sur un site. Même féminin? Même féministe? Hélas oui. On me le répète tous les jours. Si vous voulez être lu, autant que ce soit d’une main…

 

Eh bien non! Je ne vais pas tomber dans le panneau. Je  vous dévoilerai une affaire plus sage. Elle touche un écrivain respectable jusqu’à l’ennui, Philip Roth. Comme tout «people», ce dernier possède sa fiche Wikipédia. Il s’agit là d’un baromètre de célébrité, comme naguère en France le Petit Larousse. Il faut en avoir une, et longue si possible (de fiche).

 

Dans celle de Philip figure un court résumé de son roman «La tache», paru en 2002. Un machin aussi bien-pensant que possible. Un professeur (la littérature sérieuse adore les professeurs) se voyait accusé de racisme envers deux de ses élèves particulièrement nulles. Le lecteur découvrait à la fin (s’il allait jusque là) que lui-même est Noir (du moins partiellement), mais qu’il le cache soigneusement. Ce qui est très mal…

 

La fiche n’en reste pas là. Elle explique que Roth s’est inspiré de l’histoire d’un critique du «New York Times», décédé il y a quelques années. Elle donne le nom du monsieur. Philip a un coup de sang en voyant la chose. L’écrivain a bien eu un modèle, mais il s’agit d’un ami, laissé anonyme. Il faut donc corriger le texte fautif. Son biographe (car ce monsieur a un historien comme feu Louis XIV) s’en charge en déclinant sa qualité d’expert.

 

Seulement voilà! Wikipédia se défend. «Pouvez-vous le prouver?» Un administrateur du site se demande même si Philip Roth serait une source crédible pour parler de lui-même. Certains intéressés se sont déjà montrés capables de manipulations douteuses sur les textes les concernant. Roth écrit donc une lettre ouverte dans le «New-Yorker». Elle est publiée le 7 septembre. «Je n’ai jamais vu, ni parlé à une personne de la famille dont on prétend que je me suis inspiré.»

 

Eh bien, la chose a fini par marcher. Quelques heures plus tard, la modification se voyait acceptée. Il restera cependant une tache. Il se trouve toujours des gens pour refuser de croire à une vérité. Roth sera sans doute accusé de mensonge et de dénégation. Et je ne crois vraiment pas que ce monsieur très austère aime à faire parler de lui en mal comme en bien pour autant que sa publicité soit faite…

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