18/10/2012

Haro sur les voleurs de tortues rares!

Il existe des voleurs pour tout. Un dessin animé, il y a longtemps il est vrai, avait même imaginé un voleur de paratonnerres. L’instinct réside dans la race humaine depuis qu’elle a codifié la propriété. Pourquoi un autre possède-t-il et moi pas? Grave question. Terribles réponses. Pierre-Joseph Proudhon, au XIXe siècle, expliquera que «la propriété, c’est le vol.» Il avait l’avantage de boucler ainsi la boucle.


 

La ménagerie du Jardin des Plantes, à Paris, vient ainsi de se voir victime d’un cambriolage devenu courant. On lui a dérobé deux tortues. Rares, cela va de soi. Autrement, les animaux seraient en train de manger paisiblement leur salade dans la nature. La chose s’est passée le 8 octobre. La pluie avait découragé les visiteurs. Les animaux se trouvaient dans un enclos ouvert, à l’intérieur du bâtiment. Fatale erreur! Quand le gardien du terrarium repassa, il en manquait deux. Rayonnées. Une espèce en voie de disparition.

 

Que faire? Mais surveiller le Web, de nos jours! Une Toile où il se négocie toujours davantage de choses à l’abri des regards. «Ces animaux se vendent entre 5000 et 10 000 euros au marché noir», explique Michel Saint Jalme, directeur de la ménagerie du Jardin. Le soigneur des bébêtes a ainsi fini par les dénicher, proposées sous forme de petites annonces. Les bébés de 6 et 7 kilos (tout de même!) se retrouvaient sous la dénomination suivante: «Vend deux tortues, en très bonne santé, correctement nourries avec tous les papiers officiels.»

 

L’auteur, qui se définissait comme un mineur «passionné par les tortues» en disait par ailleurs long. Trop, à l’heure actuelle. Il donnait son numéro de téléphone et son mail. Il a dès lors suffi à la police de le cueillir chez lui, comme un fruit mûr. Le jeune homme a nié le vol, mais non le recel. Il y a, comme ça, des demi-vérités. Toujours est-il que les animaux ont été identifiés grâce à leurs puces électroniques. Une espèce qui ne semble pas, elle, en voie de disparition.

 

«Je n’espérais pas les revoir», a avoué Michel Saint Jalme. Le trafic de la tortue se révèle en effet florissant. Cent mille spécimens se voient chaque année arrachés à leur biotope. On comprendra que ces enlèvements soient responsables d’une déperdition de diversité. «La seconde dans le monde après la disparition des habitats naturels.» Une chose l’illustre bien. Les deux tortues en question proviennent d’un lot saisi à l’aéroport de Roissy, quand elles étaient petites et donc moins lourdes.

 

Inutile de dire que les mesures de protection seront renforcées au Jardin des Plantes. On n’en arrive pas encore aux gardes du corps, mais cela finira par venir. Il en faudra beaucoup. Le Jardin abrite en effet 1800 spécimens, dont le tiers appartient à des espèces en voie d’extinction. Et les voleurs ne rentrent assurément pas dans cette catégorie…

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