26/10/2012
Des milliards roumains pour une vieille formule d'extraction du pétrole?
L’actualité aime les procès fous. Improbables. Compliqués. Et surtout longs. La plupart d’entre eux visent à récupérer des sommes colossales. Elles se chiffrent volontiers en milliards. Discuter en millions apparaîtrait mesquin en 2012. Il faut bien passer à la vitesse au dessus pour alimenter des chimères.
La dernière affaire en date nous vient de Roumanie. L’histoire commence en 1934. Le pays semble alors pleinement européen. On parle même de Bucarest comme d’un petit Paris. Cette année-là, Ion Bazgan, ingénieur, met au point un procédé d’extraction du pétrole. On fore alors beaucoup dans la région. Avec succès, d’ailleurs. Il s’agit là d’un «forage rotatif par rotation percutante». Ne me demandez pas le détail. C’est comme ça. Et en plus ça marche. La preuve, c’est que cette méthode reste utilisée dans le monde entier.
En 1940, la Seconde Guerre mondiale est bien entamée. Le royaume se retrouve aux mains d’une junte fasciste, et les choses commencent à sentir encore plus mauvais que le pétrole. Ion, qui veut mettre son invention à l’abri, vend donc son brevet à l’attaché militaire français. Un certain Jean-Philibert Thibaudet. Rien de positif ne sortira de cet accord. L’entreprise d’Ion se verra nationalisée par le régime communiste après 1945. Thibaudet semble être rentré chez lui les mains vides. Résultat, tout le monde utilise la formule sans payer un sou.
Seulement voilà! Une vingtaine d’années après la chute de Ceausescu, un fils de Bazgan devient sénateur dans son pays. Il se rend bien compte que la famille a été flouée. Il fait donc conduire une enquête sans arriver à la conclusion que le brevet a été vendu en 1940. Vente contestable, il est vrai. On en a vu d’autres avec des biens juifs. L’homme engage donc une procédure de dédommagement qui déplait à une partie de sa famille. Un Bazgan, installé en Suisse, ira même jusqu’à proposer les Thibaudet, dénichés entre-temps à Lyon, d’aider ces derniers à retrouver la preuve de la cession. C’est eux qui doivent intenter un procès à la Roumanie.
Nous en sommes aujourd’hui là. Les audiences ont débuté le 23 octobre. M’est avis qu’elles seront longues, surtout si on compte tous les recours possibles. L’affaire comporte en effet trois côtés, comme un triangle. Il y a les Bazgan désunis, les Thibaudet et l’Etat roumain. Une vente de 1940 à confirmer ou à casser. Plus le montant éventuel des dédommagements à fixer. Ils représenteraient au fait six milliards d’euros. J’ignore comment s’est effectué le calcul. Mais avec quelle monnaie de singe la Roumanie pourrait-elle au fait les payer?
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